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🇮🇹 Aki Sasamoto à Milan : contrôle et chaos

26 octobre 2026 par
Administrator

Au Pirelli HangarBicocca, à Milan, l'artiste japonaise Aki Sasamoto transforme armoires, bouteilles et mécanismes ordinaires en véritables partenaires de jeu. Du 22 au 24 octobre 2026, plusieurs performances ont donné vie aux installations de son exposition XYZ. Retour sur deux d'entre elles, Centrifugal March et Wrong Happy Hour, où les lois de la physique rencontrent celles, moins prévisibles, des relations humaines.

Par Louis Gosse


Le HangarBicocca, une ancienne usine devenue lieu d'art


Au nord de Milan, dans l'ancien quartier industriel de Bicocca, le Pirelli HangarBicocca occupe les bâtiments d'une ancienne usine de matériel ferroviaire. Reconversion spectaculaire, ce centre d'art contemporain conserve les dimensions monumentales de son passé industriel : de vastes halles, de hauts plafonds et de grandes structures métalliques. Le lieu est notamment connu pour Les Sept Palais célestes, installation permanente d'Anselm Kiefer composée de sept tours de béton. Il accueille également des expositions temporaires d'artistes internationaux, dans des espaces suffisamment vastes pour recevoir des œuvres de très grand format.

C'est dans ce cadre qu'est présentée XYZ, une exposition consacrée à Aki Sasamoto, visible du 17 septembre 2026 au 17 janvier 2027. Née à Yokohama en 1980 et installée à New York, Aki Sasamoto développe depuis plus de vingt ans une pratique à la frontière de la sculpture, de l'installation et de la performance. Ses créations associent objets familiers, constructions mécaniques, expériences physiques et monologues parfois déconcertants. Chez elle, une armoire peut devenir une machine à penser, une étagère un instrument de tension, et un simple mouvement circulaire le point de départ d'une réflexion sur les liens humains.


XYZ : des installations qui prennent vie


Le titre XYZ évoque les trois axes de l'espace, mais aussi les dernières lettres de l'alphabet. Une manière d'annoncer un univers où les objets changent de position, de fonction et parfois de signification. L'exposition rassemble des œuvres réalisées à différentes périodes de la carrière de Sasamoto. Certaines se présentent comme des installations sculpturales. D'autres sont conçues pour être activées par l'artiste.


Vue de l’exposition XYZd’Aki Sasamoto au Pirelli HangarBicocca, à Milan. Chaussettes suspendues, structures métalliques et installations mécaniques investissent les vastes espaces de cette ancienne usine. Octobre 2026. © GELI – Louis Gosse.


Une particularité de son travail réside dans cette transformation : les objets exposés ne sont pas seulement destinés à être contemplés. Pendant les performances, ils sont manipulés, déplacés, mis en mouvement. L'artiste parle, expérimente, improvise et construit un raisonnement à partir de leurs réactions. L'humour occupe une place importante dans ce langage artistique. Mais derrière les situations parfois absurdes se dessinent des interrogations sur le temps, la mémoire, la séparation ou les rapports entre les individus. Du 22 au 24 octobre, plusieurs performances ont ainsi permis au public de découvrir les installations autrement.


Centrifugal March : le mouvement et la disparition


Le vendredi 23 octobre, Centrifugal March met en jeu des meubles transformés, notamment des armoires et des lits, autour des forces centrifuges et centripètes : celles qui éloignent les corps d'un centre ou les y ramènent. Ces principes mécaniques deviennent des images de l'attachement et de la séparation. La glace joue également un rôle essentiel. En fondant, elle transforme progressivement l'installation. Des microphones amplifient les sons minuscules produits par cette transformation, donnant à entendre un phénomène habituellement presque silencieux.

Le temps devient alors une matière sensible. Il se manifeste dans la fonte, dans les mouvements et dans les traces laissées par ce qui disparaît. La performance mêle gestes précis, paroles et déplacements. Sasamoto passe d'une observation physique à une association personnelle, d'un mécanisme à une réflexion sur la mémoire. L'ensemble conserve une part d'imprévisibilité : les objets ne sont pas de simples accessoires, ils participent à la construction du récit.


Wrong Happy Hour : une convivialité sous pression


Le samedi 24 octobre, Wrong Happy Hour propose une situation très différente. Le dispositif évoque un bar : bouteilles de bière, verres, étagère, espace de rencontre. Le public est invité à partager un moment convivial. Mais un élément vient progressivement dérégler cette apparente normalité : Aki Sasamoto déplace le mur du fond.

À mesure qu'il avance, l'espace disponible se réduit. Les visiteurs doivent se déplacer, se rapprocher, puis céder du terrain. Ce qui ressemblait à une agréable pause autour d'un verre devient une expérience de l'encombrement et de l'exclusion. La mécanique est volontairement simple, presque burlesque. Pourtant, elle soulève des questions très concrètes : quelle place laisse-t-on aux autres ? À quel moment la proximité devient-elle une contrainte ? Comment un espace conçu pour accueillir peut-il finir par repousser ?

La parole accompagne les gestes. Les objets et les déplacements nourrissent une réflexion sur les relations humaines, avec cet humour particulier qui permet à Sasamoto de faire surgir l'inquiétude au milieu d'une situation comique.


L'art de déplacer notre regard


Au cours de ces trois journées, le programme comprenait également Secrets of My Mother’s Child, Strange Attractors et Delicate Cycle, explorant notamment la mémoire familiale, les phénomènes d'attraction et les cycles de la vie quotidienne. Toutes ces œuvres reposent sur une même démarche : détourner les objets de leurs usages habituels pour révéler d'autres manières de comprendre nos comportements.

Aki Sasamoto ne se contente pas de raconter des histoires avec des objets. Elle construit des situations dans lesquelles le public peut observer comment une idée se transforme en geste, puis en expérience. À Milan, les installations de XYZ ont ainsi montré deux visages : celui des œuvres immobiles, ouvertes à l'observation, et celui des performances, où le mouvement, la parole et la présence de l'artiste en modifient profondément la perception. Une invitation à regarder autrement ce qui nous entoure — et à découvrir combien les objets les plus ordinaires peuvent avoir de choses à raconter.


  • Photo de couverture : Aki Sasamoto manipule un mĂ©canisme Ă  engrenages lors de sa performance Centrifugal March, prĂ©sentĂ©e le vendredi 23 octobre 2026 au Pirelli HangarBicocca, Ă  Milan, dans le cadre de l’exposition XYZ. © GELI – Louis Gosse.


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