Pour en savoir plus
Programme officiel
Ministère de l'Éducation nationale – Géographie, classe de Seconde générale et technologique
Thème 1 : Sociétés et environnements : des équilibres fragiles
Question : Les sociétés face aux risques
Consulter le programme officiel – Bulletin officielLe programme étudie notamment la vulnérabilité inégale des sociétés et les interactions entre les sociétés et leurs environnements. Ministère de l'Education nationale
Bibliographie et ressources institutionnelles
- Ministère de l'Éducation nationale – Éduscol. Sociétés et environnements : des équilibres fragiles. Ressource d'accompagnement du programme de géographie de Seconde, consacrée notamment à l'exposition aux risques et à l'inégale vulnérabilité des sociétés.
- Consulter la ressource Éduscol
- Ministère de l'Éducation nationale – Édubase. Jeu d'évasion sur « Les sociétés face aux risques ». Académie de la Martinique, 26 mars 2025. Une activité interactive de niveau Seconde sur l'amplification des risques, la vulnérabilité des sociétés et les inégalités de gestion.
- Consulter la ressource Édubase
- Ministère chargé de la Transition écologique – Géorisques. Dossiers thématiques sur les risques naturels et technologiques. Des ressources sur les séismes, les inondations, les installations industrielles et les dispositifs de prévention.
- Consulter les dossiers Géorisques
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Ouverture – Quand la puissance ne suffit pas à expliquer une catastrophe
Le 12 janvier 2010, un violent tremblement de terre frappe Haïti. Sa magnitude est de 7,3. La capitale, Port-au-Prince, est dévastée. Environ 230 000 personnes perdent la vie. Quatorze mois plus tard, le 11 mars 2011, c'est au tour du Japon d'être frappé par un séisme. Cette fois, la magnitude atteint 9,1. Le tremblement de terre déclenche un gigantesque tsunami qui ravage les côtes du nord-est du pays et provoque l'accident nucléaire de Fukushima. Le bilan est terrible : environ 18 500 morts et disparus. Pourtant, malgré une puissance très supérieure, le séisme japonais a fait beaucoup moins de victimes que celui d'Haïti. Comment expliquer une telle différence ? Pour comprendre, il faut observer les territoires, les populations qui les habitent et les moyens dont elles disposent pour se protéger.
1. Comprendre les risques : des phénomènes naturels aux catastrophes technologiques
Commençons par trois mots que les géographes distinguent soigneusement : l'aléa, le risque et la catastrophe.
Imaginons un volcan qui entre en éruption sur une île déserte. C'est un phénomène naturel, un aléa. Mais si personne n'habite à proximité et qu'aucune infrastructure n'est menacée, les conséquences pour les sociétés humaines seront pratiquement inexistantes.
Imaginons maintenant le même volcan à proximité d'une grande ville. Cette fois, des habitants, des logements, des routes et des activités économiques sont exposés. On parle alors de risque. Et si l'éruption se produit en provoquant des victimes et d'importants dégâts, on parle de catastrophe. Autrement dit, un risque apparaît lorsqu'un aléa menace des enjeux humains ou matériels.
Les risques naturels sont nombreux, mais ils ne se répartissent pas au hasard sur la planète. Les séismes et les éruptions volcaniques se concentrent principalement aux frontières des plaques tectoniques. C'est notamment le cas autour de l'océan Pacifique, dans une région appelée la ceinture de feu. Le Japon, l'Indonésie ou encore la côte ouest des Amériques y sont particulièrement exposés.
D'autres phénomènes sont liés aux conditions météorologiques ou climatiques : les cyclones, les tempêtes, les inondations et les sécheresses. Ils concernent tous les continents, mais certaines régions sont plus exposées que d'autres, notamment les littoraux et les grandes vallées fluviales. Or, ce sont aussi des espaces où se concentrent de nombreuses villes et activités humaines.
À ces dangers naturels s'ajoutent les risques technologiques, liés aux activités industrielles, aux centrales nucléaires ou au transport de matières dangereuses. Ils peuvent provoquer des explosions, des incendies ou des pollutions durables.
Et parfois, plusieurs risques se combinent. C'est ce qui s'est passé à Fukushima, en 2011. Le séisme a déclenché un tsunami qui a gravement endommagé les installations de la centrale nucléaire. Une catastrophe naturelle a ainsi entraîné une catastrophe technologique.
Mais connaître les dangers auxquels un territoire est exposé ne suffit pas encore à comprendre leurs conséquences.
2. Des sociétés inégalement vulnérables face aux risques
Revenons à Haïti et au Japon. Pourquoi les bilans de leurs séismes sont-ils si différents ?
La réponse tient en grande partie à une notion essentielle : la vulnérabilité. En géographie, la vulnérabilité désigne la fragilité d'une population ou d'un territoire face à un risque, ainsi que ses difficultés potentielles à affronter une catastrophe. Elle dépend de plusieurs facteurs : le nombre de personnes exposées, la solidité des constructions, les ressources économiques, l'organisation des secours et la préparation des habitants.
Au Japon, les séismes font partie des risques auxquels la population est régulièrement confrontée. Les bâtiments sont soumis à des normes parasismiques, les dispositifs d'alerte sont développés et des exercices de sécurité sont organisés. En Haïti, en 2010, de nombreuses constructions étaient fragiles et les moyens disponibles pour organiser les secours étaient beaucoup plus limités.
Cela ne signifie pas que le Japon soit à l'abri des catastrophes. Le tsunami de 2011 en a tragiquement démontré les limites. Mais la comparaison montre qu'un même type de phénomène peut avoir des conséquences très différentes selon les sociétés qu'il touche.
De manière générale, les populations les plus pauvres sont souvent les plus vulnérables, notamment parce qu'elles disposent de moins de ressources pour se protéger et reconstruire. Pour autant, le niveau de richesse n'explique pas tout. L'emplacement des habitations et les choix d'aménagement jouent également un rôle considérable.
Construire dans une zone inondable, sur un versant instable ou au pied d'un volcan peut augmenter l'exposition au danger. Mais ces choix ne sont pas toujours libres. Certaines populations s'installent dans ces espaces parce qu'elles y trouvent un emploi, des terres cultivables ou simplement parce qu'elles n'ont pas d'autre possibilité de logement.
Les activités humaines peuvent aussi aggraver certains risques. Le déboisement, par exemple, favorise le ruissellement des eaux de pluie et peut accentuer les inondations. L'urbanisation et l'imperméabilisation des sols peuvent produire des effets comparables.
À cela s'ajoute le changement climatique, qui contribue notamment à intensifier certains épisodes de fortes précipitations, certaines sécheresses et les vagues de chaleur. L'élévation du niveau de la mer augmente également l'exposition de nombreux littoraux.
Les catastrophes peuvent alors détruire des habitations, perturber les activités économiques et contraindre des populations à se déplacer. Une fois la catastrophe passée, une autre question se pose : comment se relever ?
Les géographes parlent de résilience pour désigner la capacité d'une société à surmonter une catastrophe, à s'adapter et à reconstruire. Là encore, les inégalités sont importantes. La reconstruction d'une route, d'un hôpital ou d'un quartier entier demande des moyens financiers, humains et techniques que tous les territoires ne possèdent pas.
Mais les sociétés ne sont pas condamnées à subir les catastrophes sans pouvoir agir.
3. Prévoir, prévenir et protéger les populations
Face aux risques, deux démarches sont essentielles : prévoir et prévenir.
Prévoir, c'est essayer d'anticiper un phénomène. Prévenir, c'est prendre des mesures pour en réduire les conséquences.
Aujourd'hui, les satellites météorologiques permettent de suivre le déplacement des cyclones. Des observatoires surveillent l'activité des volcans. Des instruments mesurent les mouvements du sol et des dispositifs d'alerte peuvent prévenir les populations menacées.
Cependant, tous les phénomènes ne sont pas prévisibles avec la même précision. Il n'est toujours pas possible, par exemple, d'annoncer exactement quand et où se produira un grand séisme. D'où l'importance de la prévention.
Au Japon, les habitants participent régulièrement à des exercices de simulation. Ils apprennent notamment comment réagir en cas de tremblement de terre. En France, des repères de crues rappellent parfois, sur les murs des bâtiments, jusqu'à quelle hauteur les eaux sont montées lors d'inondations passées.
Ces marques peuvent sembler anecdotiques. Elles jouent pourtant un rôle important : elles entretiennent ce qu'on appelle la culture du risque, c'est-à-dire la connaissance des dangers et des comportements permettant d'y faire face. Car avec le temps, le souvenir d'une catastrophe peut s'effacer, alors que le danger demeure.
La prévention passe aussi par des décisions d'aménagement. On peut construire des digues contre les inondations, renforcer les bâtiments pour résister aux séismes ou limiter les constructions dans les secteurs dangereux.
En France, les Plans de prévention des risques, ou PPR, permettent notamment d'identifier les zones exposées et d'encadrer l'utilisation des sols. Certaines zones peuvent ainsi devenir inconstructibles.
Les risques technologiques font eux aussi l'objet de réglementations. En Europe, les directives Seveso imposent des mesures de prévention et de sécurité aux établissements industriels présentant des dangers majeurs.
Mais toutes ces protections ont un coût. Leur mise en œuvre dépend des moyens disponibles, des décisions politiques et de l'organisation des territoires. C'est pourquoi la gestion des risques nécessite également une coopération entre différents acteurs.
Les communes et les États organisent la prévention et les secours. Les scientifiques étudient les phénomènes. Les médias transmettent les alertes. Les associations et les organisations humanitaires interviennent auprès des populations touchées.
À l'échelle internationale, l'ONU et diverses organisations apportent une aide aux pays confrontés à des catastrophes majeures. La coopération est également nécessaire pour agir sur les risques liés au changement climatique, dont les conséquences dépassent largement les frontières nationales.
Conclusion – Des risques naturels, des enjeux humains
Revenons, pour terminer, à notre question de départ. Pourquoi un séisme de magnitude 7,3 peut-il provoquer davantage de victimes qu'un séisme de magnitude 9,1 ?
Parce que la puissance d'un phénomène ne suffit pas à déterminer l'ampleur d'une catastrophe. Il faut aussi tenir compte de l'exposition des populations, de leur vulnérabilité, de la qualité des constructions, des dispositifs de prévention et des moyens disponibles pour intervenir.
Les sociétés ne sont donc pas égales face aux risques, mais elles peuvent agir pour réduire leur vulnérabilité.
Et c'est là tout l'intérêt du regard géographique : comprendre qu'au-delà des phénomènes naturels ou technologiques, les catastrophes révèlent aussi la manière dont les sociétés occupent, aménagent et organisent leurs territoires.
L'équipe
- Conception et réalisation : Angela Braito et Louis Gosse
Voix : Louis Gosse