Derrière le magasin, il reste un chemin.
On ne le voit pas depuis la route.
Il commence après les palettes, longe la grille,
passe derrière la benne à cartons puis disparaît
dans les herbes.
Personne ne sait très bien pourquoi il est encore là.
Il ne mène plus au village.
Le village, maintenant, se rejoint par le rond-point.
Le chemin, lui, continue de prendre son temps.
Il y a des orties, deux pierres plates,
un fossé presque sec.
Au printemps, quelque chose fleurit contre le grillage.
Je ne connais pas son nom.
Les camions arrivent vers six heures.
Ils reculent avec ce bruit régulier qui prévient le monde entier qu’ils reculent.
Le chemin ne prévient personne.
Une vieille borne subsiste dans les ronces.
On distingue encore un chiffre.
Peut-être un trois.
Peut-être un huit.
À quelques mètres, une affiche annonce :
Ouverture prochaine.
Sur la photographie, les arbres sont plus verts qu’ici.
Le ciel aussi.
Un homme en gilet fluorescent attend près du quai de livraison.
Il regarde longtemps le champ d’en face.
Peut-être qu’il ne regarde rien.
Un jour, le chemin sera supprimé.
Pas fermé.
Pas détruit.
Supprimé.
Le mot sera écrit quelque part dans un dossier.
Une pelleteuse viendra.
La borne disparaîtra.
Les orties aussi.
La petite fleur dont je ne connais pas le nom.
Il restera probablement une bande engazonnée.
On plantera trois arbres.
Ils seront jeunes.
Ils auront chacun un tuteur.
Pendant quelque temps, peut-être,
les gens qui passaient autrefois par ici
continueront de
ralentir à cet endroit
sans savoir pourquoi.