Choisir un endroit dégagé.
Un endroit où le regard
avait pris de mauvaises habitudes.
Mesurer.
Depuis le clocher jusqu’au bois :
trois kilomètres six cent vingt trois.
Depuis la maison jusqu’aux montagnes :
non réglementaire.
Depuis l’enfance jusqu’ici :
hors périmètre.
Tracer une ligne droite.
Les lignes droites sont préférables :
elles coûtent moins cher
et ne se souviennent de rien.
Abattre ce qui dépasse.
Un noyer.
Deux peupliers.
La moitié d’une grange.
Un chemin qui n’allait nulle part
mais y allait depuis longtemps.
Conserver, si possible,
un élément ancien.
Une pierre.
Elle sera déplacée près du parking
avec un panneau :
Élément de mémoire.
Prévoir ensuite :
Installer le bâtiment.
Il devra être visible de loin
afin de faciliter son intégration.
Choisir pour la façade
une couleur discrète :
gris brume,
gris pierre,
gris souris,
gris ce-qui-était-là-avant.
Ne pas oublier les arbres.
Ils seront livrés jeunes,
de même hauteur,
attachés chacun à deux tuteurs
afin qu’ils poussent correctement
dans le souvenir des arbres.
Pour les oiseaux,
prévoir une étude.
Pour les habitants,
une réunion.
Pour la pluie,
des canalisations.
Pour le vent,
rien.
Le vent n’entre pas
dans le marché.
Vérifier enfin l’horizon.
S’il subsiste
entre le toit du bâtiment
et le pylône haute tension
une bande de ciel inutilisée,
la combler.
Attendre vingt ans.
Les enfants nés après les travaux
appelleront cela
le paysage