On ne possède pas l’horizon.
On le regarde.
C’est peu,
mais cela suffisait.
Il commençait derrière les maisons,
passait au-dessus des arbres,
touchait un clocher,
puis la montagne.
On savait qu’il était là
sans avoir besoin d’y penser.
Comme une respiration
au fond du paysage.
Puis quelque chose
s’est élevé.
D’abord une grue.
Puis une autre.
Puis le squelette
d’un bâtiment.
Le ciel s’est découpé autrement.
On s’y habitue vite,
disent les gens.
C’est vrai.
On s’habitue à presque tout.
Un matin,
un homme ouvre ses volets.
Il regarde longtemps.
Il ne cherche pas
ce qui a été construit.
Il cherche
ce qu’il voyait avant.
Il essaie de replacer
la ligne des collines
derrière les tôles.
Le grand peuplier
derrière la cheminée.
Le clocher
derrière le panneau.
Il reconstruit
avec les yeux.
Dans la cuisine,
quelqu’un demande :
— Tu regardes quoi ?
Il répond :
— Rien.
Parce qu’il est difficile
d’expliquer
qu’on peut regarder
quelque chose
qui n’est plus visible.
Le soir arrive.
Les vitres du bâtiment neuf
prennent le soleil.
Elles deviennent orange.
Pendant quelques minutes,
c’est très beau.
L’homme le voit.
Cela l’agace presque.
Puis la lumière baisse.
Les vitres s’éteignent.
La montagne revient
un peu plus loin.
L’horizon n’avait pas disparu.
Il avait seulement appris
à passer
entre
les choses.